Du mercredi 18 au jeudi 26 octobre 2017


The Magical Script


Les Hill Korwa

Dans l’état du Chattisgharh, les Hill Korwas habitent les régions du Raigarh et du Jashpur. Ils parlent un dialecte issu des langues austroasiatiques, des langues de l’Asie du Sud-Est antérieures aux langues indo-européennes.
Lors de l’expédition qu’entreprit le poête français Frank André Jamme en 1996, il ne restait qu’à peine cinq mille individus de la tribu des Korwas. La tribu entière serait aujourd’hui en voie de disparition. Longtemps chasseurs de daims, de sangliers, de cerfs et d’ours, ils furent priés de devenir cultivateurs quand leurs forêts furent déboisées et devinrent des travailleurs souvent itinérants et largement exploités par les populations environnantes. Longtemps isolés dans les forêts, ils n’ont que peu de contact avec les autres populations. Ils rient tout le temps et boivent de même.

Passionné des cultures tribales de son pays, Swaminathan (artiste et directeur du Musée Bharat Bhavan) parti en expédition chez les Hill Korwas en 1983. Voici un extrait du catalogue de l’exposition The magical Script qu’il organisa au Bharat Bhavan : « Je quittais Bhopal le 3 mars 1983, en jeep, accompagné de mon ami et photographe Jyotti Bhatt et du jeune sculpteur Anil Kumar. Nous arrivâmes à Raigarh le 5 et de là à Sanna. Heureusement c’était le jour de marché hebdomadaire, ce qui nous permit d’établir des contacts avec les Hill Korwas des villages voisins. La barrière du langage se brisa rapidement quand je me mis à faire des dessins du chef et de sa femme et leur demandais de faire de même. Un nombre important de ces extravagants dessins est le résultat de ces premiers contacts.

Arrivés à Baladalpart, nous leur donnons des papiers, des couleurs, des crayons. Tous commencent à dessiner sans aucune hésitation. Je m’attendais à trouver des dessins d’animaux de dieux ou de rituels ; ce qu’ils nous remirent est si inattendu que j’en n’en revins pas. Ce sont des caractères calligraphiques, comme si l’artiste avait écrit plutôt que dessiné. Ils ne savent ni lire ni écrire (…) Ces lettres ne sont pas des lettres, ces mots ne sont pas des mots, ces phrases ne sont pas des phrases. En un sens ces écritures ne sont pas lisibles en tant que texte, pourtant elles sont éminemment palpables en tant qu’expérience visuelle, légitimant leur place dans le domaine des arts plastiques. Si j’ose proposer une interprétation en dehors, bien sur, du mérite esthétique de ces dessins, je dirais qu’ils ont une signification magique. Ils invoquent le pouvoir des mots écrits pour le salut de leur communauté. Ayant probablement observé le pouvoir de l’écrit à la ville, ils tentent de le recréer dans ces dessins, livrant non pas un message lisible mais magique ».

Swaminathan conclut son catalogue en rapportant qu’un des hommes Korwa, flèches et bouclier en mains, regarda son dessin et dit : « voici mon rapport des souffrances faites par le gouvernement ». « Quand ils écrivent, je crois bien qu’ils prennent leur crayon pour un arc. Ils n’écrivent pas, en fait, ils tirent. Ils tirent des signes qui sont des flèches », apporte le livre écrit par Frank André Jamme à la suite de l’expédition de 1994 entreprise avec la traductrice Archana.

Ces Magical Scripts des Korwas sont exposés à la Galerie du Jour à Paris en 1997 et 2012, ainsi qu’au Drawing Center à New York en 2001.